Le terme et le concept : fondements dune ontoterminologie

Most definitions of ontology, viewed as a "specification of a conceptualization", agree on the fact that if an ontology can take different forms, it necessarily includes a vocabulary of terms and some specification of their meaning in relation to the…

Authors: Christophe Roche (LISTIC)

Le terme et le concept : fondements dune ontoterminologie
TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 1 Le terme et le concept : fond ements d’une ontotermi nolog ie Christophe Roche Equipe Condillac – Labo ratoire Listic Campus Scientifique 73 376 Le Bourget du Lac cedex christophe.roche@univ -savoi e.fr http://ontology.univ -savoie.fr Résumé : La terminologie connaît depuis plusieur s années u n tourn ant lin guistique i mportant. On s’int éresse aujourd’h ui davantage aux mots et à leur util isation en di scours qu’à connaître les choses qu’ils peuvent dénoter. Si effectivement l’approche wüstérienne et l’a pproche normative sont difficilement applicables stricto sensu et que la terminologie a tout intérêt à s’approprier le signif ié , il n’en demeure pas moins qu e tous les mots n’ont pas le même statut et que la terminologie n e se réduit pas à une l ex icographie technoscient ifique. La société numérique pose de nouv eaux besoins, réclame une op érationnalisation d es terminologies et réactualise le primat du concept pour de nombreuses applications – i l suffit de penser aux problèmes que soulève l’ ingénierie collaborative –. L’appellation ontoterminologi e traduit ce besoin de replacer le concept et sa dénomination au centre de la t erminologie, tout en préservant sa dimension sociolinguistique par la prise en compte des terme s d’usage à trav ers la langue de spécialité. S i une conceptualisation se dit bien en langue natu relle, ell e se définit dans un langage formel selon des principes épistémologiques où l’ontologie occupe une pl ace prépondérante. Plan 1. Le tournant linguistique 2. Les besoins d’opérationnalisation 3. La terminologie : un ensemble de pratiques 4. L’ontoterminologie 5. Conclusion 1. Le tournant lingu istique Les mutations technologiques et économiques de ces derni ères années i mpactent profondément nos structures sociétales. La noti on de communauté est devenue centrale, rendant encore plus cruci aux les besoins de communication et d e partage de l’information et, par conséquence, les besoins en terminologie et en normalisation. Si la terminologie, et de façon pl us générale les lang ues de spécialité, connaissent un int érêt grandissant, force est de constater qu e la doctrine wüsterienne est difficile ment applicable et que l’approche prescriptive soulève de nombreu x problè mes tant au niveau d e la définition des normes que de leur mise en œuvre. Les critiques des principes fondateurs de la terminologie semblent justi fiées, et en particulier le premier d’entre eux, en citant le manuel de terminologie de Felber disciple de Wüster : « Il conv ient de se rappeler que tout t ravail terminologique devrait être fon dé sur d es noti ons et non su r d es termes » . L’approche onomasiologique se rait apparemment in adaptée à la réalité d’un e p ratique considérée avant TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 2 tout comme lang agière. Tout cela conduit à dénier à la t erminologie un statut de discipline autonome et milite pour la « ramener » sous la coupe des sciences du lan gage. La terminologie connait donc depuis plusieurs an nées un tournant l inguistique indéniable, la réduisant parfois à une l exicographie technoscientifique. I l ex iste plusieurs raisons à cel a. Avant tout p arce que la t erminologie est mobilis ée au sein de di scours li és à une pratique et relève donc de la langue, certes de spécialité. L’étude de la terminologie se foc alise alors sur les mots et leur utilis ation en discours avec une attention toute particulière pour les textes – un mot isolé n’a ya nt pas d e sens –. On s’int éresse plus aux ex pressions linguistiques qui dénotent les choses qu’à savoir ce que sont les choses. Auj ourd’hui être c’est être dit et non plus être pensé . Une autre raison e st l a difficulté à cerner ce que p eut être un con cept et son rôle dans la détermination du sens du terme. La confusion ent re con ceptualisation et classification d’une part – il suffit de penser à l’approche prototypique –, et sens et signification d’autre part ; ont pour conséquence au pire le rejet du concept, au m ieux sa réduction à un signif ié normé ou à un réseau de mots liés pa r des relations linguistiques. Certains iront jusqu’à dire que Wordnet est une ontologie. L’approche est séduisant e. La lan gue est un s y stèm e : les tex tes et l es mots qu’ils contiennent constituent des données objectives sur lesquelles nous pouvons applique r d es méthodes scientifiques. La sémantiq ue différentielle et la sémantique di stributionnelle (étude des cooccurrences) en sont de beaux ex emples et les résultats des plus intéressants. La terminologie relève ipso facto des sciences du langage. Mais peut-on réduire la terminologie à une bran che de la li nguistique et oublier sa dimension conceptuelle ? Le fait qu ’un terme puisse être mobili sé au sein de discours de façon si milaire à un s igne linguistique l’identifie-t-il pour autant à un tel signe réduisant du même coup le concept à un si gnifié ? Il est vrai q u’aujourd’h ui la sc ène est davantage occ upée par la dimension purement linguis tique de la terminologie ; et lorsqu e l’on invite des experts d’un domaine c’est principalement pour qu’il s témoignent de c ette dimension de leur activité et rarement de la conceptualisation et de la représentation des objets de leur domaine. Cependant, on ne peut com prendre un dis cours ( écrit ou oral) que dans la mesure où l’on partage une même culture. Ain si, la compréhension de figures de rh étorique, telles que l’ellipse ou la métonymie fréquentes dans les documents scientifiques et techniques, nécessite que les locuteurs s’acco rdent sur u n même ex tralinguistiqu e qui par définition n’appartient pas à l a langue. Cette culture commune, cet ex tralinguistique, ne constituera it-il pas le cœur même de la terminologie ? Que la linguistique puiss e être mobilisée pour l’étude de la terminolo gie, c’est une évidence. Ce qui ne veut pas dire que la terminologie relè ve des sciences d u lan gage. Toute pratique scientifique met en œuv re non pas une lan gue, m ais plus ieurs s ystèmes d e sig nes – nous ne pouvons pas penser sans signe nous rappelle Frege –. Mais qui dirait que la c himie, la thermodynamique, la mé canique quantique, la conception de s ystèmes d’information relèvent de la linguistique alors que leur pratique, par la c ompréhension des objets du monde et par l a recherche d’une langue l a moins ambigüe possibl e, pour ne pas dire norm alisée, les ra ttache ipso facto à la terminologie ? On identifie aujourd’hui trop s ouvent la term inologie à sa m anifestation langagière – verbalisation d’une pratique à travers une l angue de spécialité dont l’étude relève bien de la linguistique – en oubl iant que la conceptualisation et la représentation des objets du monde TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 3 sont des activités centrales, si ce n’est premiè res, de la terminologie. A ctivités qui font de la terminologie une d iscipline scientifique à part entière. Et si la termi nologie met en jeu différents s ystèmes sémiotiques – conceptualis ation et rep résentation néce ssitent leurs propres langages – elle n’est pas uniquement une scien ce des si gnes, mais aussi une science des choses. Le fait qu e la structure lexicale ne se superpose p as à la structure conceptuelle du domaine en est une illustration. Enfin, l ’existence de disciplines définies comme autant de spécialisations de la terminologie : terminologie tex tuelle, t erminologie conceptuelle, terminologie cognitive, s ocioterminologie, ethnoterminologie, etc. n’est p as le fait d’irr éductibles partisans d’une autonomie de la terminologie, mais trad uit bien le fait qu’elle ne peut être réduite à une branche d’une discipline donnée. 2. Les besoins d’opé rationnalisation Entendons-nous bien. Notre objectif n’est pas ici de nier les apports de la linguistique. L e terme d’usage , ce terme m obilisé par une langue de spécialité , donn e bien lieu à interprétation et l a terminolo gie a tout intérêt à s ’approprier le signifié . L’analyse des discours scientifiques, la compréhension d e documents techniques l e réclament. Nous souhaiton s, dans le cad re de cette présentation d’ouverture à notre conférence, insister sur le fait que la terminolo gie ne se réduit pas à une an al y se du discours scientifique et technique, à la recherche du sens des termes ou à u ne l exicographie de sp écialité. La terminologie est une di scipline scientifique dont le principal objet est de comprendre le monde et de trouver les mots « justes » pour en parler. La terminologie est une discipli ne autonome qui requiert pour s on étude de puiser à l’épistémologie, la logique et la linguistique. Il existe en effet des domaines scientifiques et t echniques qui nécessitent une conceptualisation du monde et la création de dénominations univoques de ses constituants. C’est-à-dire « un moyen d’ex pression qui permette à la fois de prévenir les erreurs d’interprétation et d’empêcher les fautes de raisonnement » pour citer à nouveau Frege. Ces domaines repos ent d’une part sur une compréhen sion consensuelle des choses et d’autre part sur leur représentation à des fins de manipulation. Ils donnent lieu à la réalisation d’applications qui s ’appuient sur la définition d’une théorie – comprise ici comme une conceptualisation permettant d’appréhender les objets du monde – qui permet une certaine objectivité 1 dans la description et la manipulation de faits –. L es aspects descriptif et raisonnement de ces domaines priment sur les discours aux quels ils peuvent donner lieu. Prenons pour ex emple les applications de l’ingénierie collaborative qui connaissent avec l ’ère informatique un essor considérable. La conception et la fabrication d’un produit, qu’il soit manufacturé ou non, repose de plus en pl us sur la collaboration de communautés de pratique qui, b ien que partageant u ne, ou partie, d’une même « réalité », peuve nt différer tant au niveau de l eur vis ion du monde que de la façon d’en parler. La solut ion ici ne résid e dans un e démarche de traduction des lan gues de spécial ité, mais dans la définition d’un format d’échange, plus que d’une langue, reposant sur une conceptualisation et des dénominations consensuelles. Il est à ce propos important de souligner que les termes de cette i nterlangue seront d’aut ant plus acceptés que d ’une part ils n’appartiennent à aucune des langues 1 La théorie est « obj ective » au sens où el le est accepté e et p artagée par u ne communa uté. Les descriptio ns et leurs manipulatio ns le sont au regard d e la théorie q ui en contraint la for me et l’interp rétatio n. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 4 Langue d’usage Langue de l’intellection Langage de représentation vernaculaires – il est pl us facile d e créer de n ouveaux termes que d’i mposer ceux d’une communauté –, et que d’autre part leur lecture permet de comprendre le s ystème notionnel. Pour être encore plus précis dans nos illus trations, la définition du modèle conceptuel d’un système d’inform ation est un exemple ty pique d’une démarche terminologique « classique ». L’objectif est ici, ava nt tout , la définiti on d’une conceptualisation du domaine permettant de décrire l es objets du monde qui puiss e donner lieu à une représentation m anipulable d’un point de vue computation nel (calculable par un ordinateur). C’est ensuite la recherche d’une dénomination univoque des termes dont la signification est le concept dénoté : l’approche est onomasiologique. Pour qui a assisté et pa rticipé à des réunions de conception de systèmes d’information, on peut être étonné – en fait la dém arche est natur elle pour un scientifique – de ce souci constant de vouloir sortir de la langue naturelle et d e ses ambiguïtés. Et systématiquement d’entendre : « Qu’est-ce que cela veut-dire ? Qu’est-ce que cela veut dire de façon précise ? Quel en est le sens ex act ? ». Souci constant de s’extraire de t out d iscours pour se r éférer à un « so cle » stable d e connaissa nces défini dans un s ystème formel dont la syntaxe et la sémantique sont clairement définies. Il existe donc de nombreuses applications, en particulier les applications liées au traitement de l’information, qui réclament une opérationnalisation de s terminologies. Des terminologies centrées sur la notion de concept qui soient cons ensuelles , cohérentes , précises , partageables , réutilisables et calculables . Autant de propriét és qui font que la t erminologie ne peut relever du seul domaine de la linguistique. Il nous semble important de rappeler que même lo rsqu’on réduit la terminologie à une analyse du discours s cientifique et technique, ell e suppose une c onceptualisation préalable d u domaine 2 . Cett e conceptu alisation n’est pas du ressort de la li nguistique. Sa définition r elève d’une démarche épisté mologique dans son appréhension d es objets du monde et d’une démarche lo gique et com putationnelle dans sa formalisation et sa représentation à des fins de manipulation. Ell e met en œuvre un lang age for mel et un langage comp utationnel, don t les règles diffèrent de la langue naturelle. Si une conceptualisation se dit bien en langue naturelle, elle se définit dans un langage formel selon des principes épistém ologiques . 3. La terminologie : un ensemble de pratiques Le discours scientifique et technique « mélan ge » différents s ystèmes sémioti ques. La lan gue naturelle côtoie un langage s ymbolique et joue par rapport à ce derni er le rôle d’une métalangue – d’une glose – décrivant, ex pliquant, interprétant le langage s ymbolique. Ces systèmes sémiotiques ne répondent pas aux mêmes lois. I ls sont mobilisés par différentes pratiques qui ensemble constituent la terminologie proprement dite. Ces différentes pratiques sont liées à la compréhension d es obje ts du monde, à leu r représentation à des f ins de manipulation et aux discours auxquels il s peuvent donner lieu. Même si ces pratiques sont liées, il e st important de les distinguer et d’étudier les rapports qu’elles peuvent entretenir. 2 Même dans le ca dre d’une s émantique di fférentielle, la ré férence à cette co nceptuali sation est néce ssaire à la compréhension de s sèmes mais aussi à leur iden tification. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 5 a. La langue de spécialité (langue d’usage) Les discours 3 scientifiques et techniqu es relèvent de la langu e de spécialit é . Ils constituent, lorsqu’on étudie la terminologie d’un dom aine sans en être un expert, la partie la plus vi sible et la plus directement accessible. Dans ce cadre, nous avons à faire à des termes d’usage qui donnent bien lieu à interprétation, à la rec herche d’un sens qui se construit en discours. La notion de locuteur est centrale, et de façon plus g énérale la langue d’us age sous-entend la présence d’agents co gnitifs tant au niv eau de la p roduction, et donc de l’intention, que d e l’interprétation des discours. On s’intéresse ici aux rapports entre signifiants (termes d’usa ge) et signifiés en fonction d’un contexte donné. Cett e pratique relève d e la li nguistique et de s es spécialités telles que la pragmatique. L’analyse des discours, outre l’ide ntification des termes d’usage, peut nous a pporter une certaine connaissance du système noti onnel 4 . Partant du fait que l es docum ents scientifiques et techniques véhiculent des connaissances du domaine, il exist e aujourd’hui de nombreux travaux qui portent sur l’ext raction de connaissances, voire de termin ologies, à pa rtir de textes. L’e xistence de corpus numériques et l’utilisation de l’informatique permet d’obtenir des résultats intéressants (en particulier en séma ntique distributionnelle). Cependant, il est indispensable de garder p résent à l’esprit que l’incompl étude des tex tes est un des p ostulats de la linguistique t extuelle. Ainsi, la compréhension des tropes suppose que l’auteur et le lecteur partagent un même extralinguisti que . Mais comment prendre en compte l’intention de l’auteur à la base de toute interpr étation, sachant qu’elle peut varier d’un texte à un autre au sein d’un même corpus ? In fine il est important de souligner que les st ructures lexicales et conceptuelles qu e l’on peut extraire de textes ne se superposent pas avec la conceptualisation du monde : dire n’est pas concevoir . L’oublier c’est aboutir à des systèmes non réutilisables dépendants d’un corpus donné qui ne peuvent être qualifiés d e systèmes notionnels ni de terminologies. La variabilité du signifié ne permet pas de cerner la stabilité du concept . Se focaliser uniquement sur l e discours scientifique et technique, c ’est oublier que la terminologie résulte a vant tout d’une a ctivité scientifique. C’e st-à-dire d’une activité qui consiste à comp rendre, modéliser et r eprésenter un réel et des mod es de raisonnement dans un système formel afin de décrire, vérifier et prédire ce rtains faits. Cette activité, propre à l’ingénieur, suppose d’une part la capacité à app réhender la réalité et d’autr e part la capacité à l’exprimer dans une théorie donnée. Pour cela il est nécessaire de redonner à l’ingénieur une place centrale au sein de la terminologie . b. La langue de l’intellection L’appréhension des objets du monde repose, en terminologie, sur le concept . Défini comme une « unité de connaissance créée par une combinaison unique de caractères » (norme ISO 1087), il permet de regrouper sous une même appellation les objets qui partagent des propriétés communes. Un des mérites de la terminologie classique est d’avoir insisté à la fois sur l’importance d’une expression ex tralinguistique des concepts comm e un ensemble de caractères et sur leur 3 oraux ou écrits (te xtes). 4 Par exemple la r echerche des relations définitoires, des rel ations d’ hyperon ymie et de m éronymie c onsidérées comme des e xpressions linguistiq ues des relatio ns de s ubso mption et d e mérologie. C’est a ussi l’étude des adjectifs substanti vants versus qualifiants, e tc. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 6 organisation en tant que système : « Toute notion occupe une place défi nie dans un systè me particulier de notions » (Manue l de terminologie. Felber). L a dét ermination d’une typologie de caractères – c aractères distinctifs, essentiels – et de rel ations entre c oncepts – lo giques, ontologiques, de combinaison – relève d’une pr éoccupation principalement épistémologique sur la nature des connaissances descriptives indépendamment de l eur expression dans une langue donnée, qu’elle soit naturelle ( « La part ie qu i traite des notions s’applique à n’importe quelle langue » ibidem ) ou formelle. La combinaison et la factorisation de caractères n’est pas la seule façon de définir un concept. La recherche d’attributs donnés par l’expérience, l’identification de propriétés essentielles issues de la raison, la d éfiniti on de fonctions à val eur prédicative sont autant d’approches qui correspondent à des principes épistémologiques – et à des choi x idéologiques : empirisme, métaphysique, positivisme logique – qui g uident mais aussi conditionne nt la construction du système notionnel. La terminologie dépend directement de la théorie du concept qui la fonde . c. Les langages de représentation La représentation du système notio nnel à l’aide d’un lan gage formel r épond à d eux besoins. Le premier correspond à une démarche scientifiq ue. L’utilisation de langage s s ymboliques à la s yntaxe et la sémantique clairement définies permet de nous aff ranchir des problèmes d’interprétation que pose la langue naturelle. Acc epter l es axiomes et les règles d’un système formel, c’est en accepter les constru ctions et don c le s ystème notionnel. Le deuxième b esoin est un so uci d’opérationnalisation. Le système notionnel doit pouvoir donner lieu à un modèle calculable par ordinateur. Les différents formalismes de représentation n e n ous assurent pas tous des mêmes propriétés. Celles de cohérence et de consensus sont certainement parmi les pl us importantes. Elles conditionnent l’acceptation de la terminologie et par conséquence sa réelle util isation. Bien qu e les « principes terminologiques » ( ibide m ) soient d’inspiration logique, ils n’en ont pas toutes les qualités – les opérateurs sur les notions et les manipulations des différents caractères ne s ont pas formellement définis –. Il ne serait pas aisé d’en définir un formalisme et un modèle computationnel satisfaisant. C’est la raison pour laquelle, lorsque l’on souhaite opérationnaliser une terminologie, on se tourne généralement vers d’autres s ystèmes. La lo gique j oue un rôle im portant dans l a formalisation d’une conceptualisation. Ell e est l’archétype des s ystèmes formels dont la s yntaxe et la sémantique s ont clairement définies. Le concept, fonction à valeu r prédicative, est une fo rmule bien formée et on dispose d’opérateurs et de mécanismes d’inférence p our la d éfinition et l’exploitation des concepts. Enfin la logique e st en elle-mê me un format d’échange. Autan t de qualités qui n ous g arantissent certaines des propriét és r echerchées dont la cohérence. A cela s’ajoute l’exi stence de lo giques dédiées à l a représentation des connaissances te lles que les logiques des descriptions. La logique est devenue aujourd’hui incontournable . Cependant les fo rmalismes issus de l’int elligence artificielle dem eurent les plus ut ilisés, principalement en raiso n de leur lis ibilité : réseaux sémantiques, graphes conceptuels, systèmes à base de schémas. L e concept (ou classe) est défini par un en semble d’attributs communs à ses ins tances. L’ensemble des concepts se st ructurent selon différentes relations : généralisation-spécialisation, partitive, etc. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 7 d. Le triangle sémiotique Distinguer l es différentes pratiques – qu’ elles relèvent du lan gage, de l’i ntellection ou de la représentation – qui toutes participent à la terminologie, c’est reconnaître à chacune son rôle et son im portance sans voul oir en impos er une au détriment des autres. On peut ainsi reconnaître l’importance des termes d’usage (incluant vari ations terminologiques et figures d e style) à côté des termes normés qu’il serait irréalist e de vouloir im poser. On peut également, par la séparation du con cept et du signifié, perm ettre l’opérationnalisatio n des t erminologies en garantissant un cert ain nombre de propriétés propres aux s ystèmes formels. En définiti ve, les notions mises en jeu – s ignifiant , signifié , référent versus dénominati on , concept , objet – n’ont pas à être opposées à travers des triangles sémiot iques un peu réducteurs, mais ont tout à gagner à être mis en re gard en insist ant sur l’imp ortance du contex te tant pour l a définition de la conceptualisation (objectif, point de vue) que de la détermination du signifié (intention, interprétation). un double triangle sémiotique 4. L’ontoterminolog ie Si l’utilisati on d’un langage formel permet de s’abstraire des problèmes d’interpréta tion et d’ambiguïté que pose l a langue d’usa ge et d ’assurer certaines p ropriétés comme la cohérence et l’opérationnalisation des s ystèmes notionnels, elle ne permet pas de résoudre tous les problèmes et en p articulier celui de la construction des s ystèmes notionnels. La logique en est un des exemples les plus significatifs. L’introduction de la ri gidité de prédicat 5 (rigidité ontologique) illustre bien l’ex istence de connaissances de nature différente – di fférence entre propriété essentielle et propriété accidentelle – nécessaires à la com préhension d’une conceptualisation. I ntroduction, a posteriori et non a priori , d’une propriété qui conditionne les descriptions du monde mais ne guid e en rien leur construction. S’accord er sur la s yntaxe et la sémantique d’un langage formel n’est pas suffisant. Un système formel est avant tout un système d e réécriture ( de formules) et non une théorie de la connaissance ou une théorie linguistique 6 . Le p roblème central demeure celui de la construction du système notionnel et du choix des principes épistémologiques sur lesquels se reposer. La terminologie classique ins iste avec raison sur l’importance d’une définition extralinguistique du concept sous la forme d ’une combinaison de caractères (propriétés ou 5 Un p rédicat est dit rigide si ∀ x [P( x) →  P(x)] ; c’est-à-dire si P est vrai dans un monde possible, il l’est dans tous les monde s possibles. La rigidité relève stricto sensu d’une logique du second o rdre ( connaissance s ur un prédicat) . 6 Les noms sont arb itraires et c orre spondent à des étiq uettes sur des co ncepts. signifié concept praxis Ontoterminolog ie signifiant dénomination objet Linguistique Terminologie TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 8 qualités d’un objet) et s ur l’importance des relations qui lient les concepts entre eux. Elle propose de plus un certain nombre de principes pour la construction du s y stème notionnel basés sur la nature des connaissances en jeu et en particulier des caractères : intrinsèques - extrinsèques, restrictifs, etc. La définition spécifique d’une notion en est un ex emple. Cependant il est à regretter une certaine con fusion entre ce qui relève de préoccupations épistémologiques (classi fication des caractères, notions de genre et d’espèce, définition spécifique) et des s ystèmes formels (interprétation ensemblist e d es notions, opérateurs ensemblistes). Il en résulte trop d’imprécisions pour que les « principes terminol ogiques » puissent être di rectement utilisés : confusion entre not ion et caractère dans leurs manipulations ; quelle est la dé finition intensionnelle de la notion résultante d’une disjonction ? Qu’en est-il des caractères distinctifs « hérités » par la conjonction (qui engendre une nouvelle espèce) de notions coordonnées créées par définitio n spécifique ? Et de façon p lus générale, comment les opérateurs pr ennent-ils en compte la n ature des caractères ? Comme si, sous l’influence d’un positi visme logique 7 , on avait voulu f aire pass er c e qui relève de l’épistémologie – e t donc d’un e certaine f açon de la mét aphysique – s ous les fourches caudines de la logique 8 . A cela s’ajoute un vocabulaire qui peut pr êter à confusion sur l’emploi des mots logique et ontologique : la relation genre-espèce est qualifiée de « rapport lo gique » au m ême titre qu e l’intersection alors qu’elle relève de l’ontologie 9 ; l es relations entre objets sont qualifiées de « rapports ontologiques » alors que leur mise en relation nécessite de les définir au préalable – pouvons-nous parler d’une chose sans la connaître ? –, c’est-à-dire de définir l’ontologie. Les principes épistémologiques qui permettent d’appréhender l es obj ets du monde et la construction du s ystème noti onnel constituent une problématique à part. I ls relèvent d e l’ontologie proprement dite. a. Définition Nous introduisons le néologisme ontoterminologie pour désigner cette approche qui place l’ontologie au centre de la terminologie. U ne approche où l’ontologie joue un rôle fondamental à double titre : pour la construction du système notionnel et pour l’opérationnalisation de la terminologie. L’ ontoterminologie insiste d’une part sur l’importance d es prin cipes épistémolo giques qui président à la conceptualisation du domaine – c’est l’ontologie dans sa définition première –, et d’autre part sur la nécessité d’une approche scientifique de la terminologie où l ’ingénieur joue un rôle f ondamental – c’est l’ontologie dans ses définitions plus récentes –. Ainsi, les représent ations formelles de l’ontologie permettent de « sortir » de la langue naturelle et d e garantir certaines propriétés comme la cohérence, le partag e et parfois l e consensus. Et ses représentations computationnelles autorisent une opérationnalisation des terminologies – les modèles calculables par ordinateur jouent pour la t erminologie un rôle simi laire à celui qu’a pu jouer et que joue la logique pour le langage en définissant un cadre de vérifiabilit é des proposit ions théoriques –. Regardons en quoi l’ont ologie, dans ses différent es acceptions, consti tue une aide p récieuse pour la construction du système notionnel, et le cas échéant pour la création de mots « justes » pour en parler. 7 Le Cercle de Vien ne pour ne pas le no mmer. 8 Le système notionnel donn e bien lieu à une interprétation ense mbliste et à une interpr étation logique à condition de les d éfinir de manière for melle. 9 L’ontologie et son interpr étation logique (pr édicat, s yllogisme) sont deux c hoses différe ntes. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 9 b. Ontologie L’ontologie 10 , entendue comm e « science de ce qui existe », constitue aujourd’hui une des voies les pl us prometteuses pour la construction et la représentation formell e du s ystème notionnel. C’est en particulier le cas pour la notion d’ont ologie venant de l’intelligence artificielle, et plus précisément de l’ingénierie des connaissances. Issue de problèmes d’ingénierie collaborative au début des années 1990, elle vise des obj ectifs similaires à ceux de la terminolog ie classi que : permettre la com munication et l’écha nge d’information entre différentes communautés de pratique. P our cela elle s’appuie sur une conceptualisation partagée d’un domaine s ur l aquelle repose la signification des termes. Les deux définitions suivantes résument la p lupart des définitions existantes. La première insist e sur la di mension conceptuelle de l’ontologie : « une ontologie est une conceptualisation d’un domaine – c’est- à-dire une définition formelle des concepts et de le urs relations – dé crivant une ré alité partagée par une com munauté de pratique » ; alors que la deuxième met en avant sa dimension terminologique – et normative – comme moyen de communication : « une ontologie est un vocabulaire de term es dont les définitions sont données de manière formelle ». L’ontologie en in génierie des connaissanc es est principalement un objet informatique, un moyen de représenter la réalité : en intelligence artif icielle, existe ce qui peut être représenté . On comprend dès lors to ut l’intérêt des ontolo gies pour la représentation d u s ystème notionnel et l’opérationnalisation de la terminologie. Mais le problème de leur construction reste entier. L’ontologie est avant tou t une t héorie de la conna issance qui donne lieu à différents courants de pensée – et à dif férents principes épisté mologiques – selon que l ’on s’attache prioritairement à comprendre le monde où à le décrire tel qu’on le perçoit. La dé finition des obj ets comm e une somme de qualités perçues est une démarche naturelle et la plus immédiate. L’objectif ici n’est pas d e comprendre le monde, mais d e le décrire tel qu’il nous est don né, tel qu ’on le per çoit à t ravers l’e xpérience, que ce soit par l’intermédiaire de nos sens ou de leurs prolongements technico scientifiques (appareils de mesure). C es perceptions, que chacun partage parce qu’issues d’une expérience commune et sur lesquelles nous pouvons nous accorder (en particulier lorsqu’elles corresponde nt à d es données scientifiques), définissent les qualités sur lesquelles se b âtit le système notionnel. Les concepts se construisent alors par abstraction, c’est-à-dire factorisati on de qualités (caractères) communes : un concept est une « unité de connais sance créée par une combinaison unique d e caractères » (ISO 1 087-1), condit ion nécessaire et suffis ante d’appartenance d’un obj et à un concept. L’application itérative d e ce proc essus d’abstr action aux di fférents ensembles de caractères pe rmet de créer une structure notionnelle correspondant à un treillis 11 de con cepts. Mais tout ensemble de c aractères, s’il définit formellement un concept, n’est pas n écessairement porteur de sens. Cette d émarche ne permet pas de prendre en compte les connaissances qui préside nt à la formation et à l’or ganisation des concepts 12 . La factorisation de caractères rest e une opération qui relève des s ystèmes formels. 10 Bien que le mot lui-même soit d e cr éation récente ( générale ment attr ibué à Christian Wolff « Philosophia prima si ve o ntologica » 17 29), l’on tologie est la « science de l’être ». Elle relè ve da ns son acception pre mière d e la métaphysique e t remonte au x origines de la philosophie. 11 Ensemble (de co ncepts) muni d’une relatio n d’ordre p artielle (inclusion s ur les ense mbles de caractères). 12 Pa r co ntre cette appr oche, comme l’app roche prototypique, semble bien adaptée à l’identificatio n de concept s émergents da ns un domaine e n construction. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 10 Un concept est plus qu’une factorisation de qualités . Les conn aissances qui structurent les concepts en s y stème re lèvent de la raison et non de la perception. L a démarche ici concerne l’ontologie dans son acception première de « science de l’êtr e en t ant qu’être indépendamment de ses déterminations particulières ». On s’attache à comprendre ce que l es choses sont, indépendamment de la façon don t e lles peuvent être perçues. C’est-à-dire à rechercher les caractères essentiels 13 qui décrivent la nature de l’objet. Contrairement aux qualités – soumises « au plus et au moins » – qui décrivent l’état des objets, les caractères essentiels définissent et différencient les conce pts. I ssus de la raison et non de l’observation, ils structurent le système notionnel. Le but est d’ atteindre une description stable du monde sur laquelle on puisse s’accorder. Cette connaissance porte sur la structure profonde de l a réalité. Souvent tacite 14 , elle correspond à une cristallisat ion à un m oment donné d’un savoir commun et partagé. Ex pliciter cette conceptualisation commun e mais implicite est u n problème di fficile qui ne peut être résolu sans l’aide d es ex perts d u domaine. C’est la recherche de propriétés objectives , non pas de l’objet « en soi » indépendamment de tout observateur, mais de l’objet « pour s oi » au r egard d’une communauté de pratique. L’ontologie est une modélisation d’une inters ubjectivité. Quelle que s oit la démarche – empirisme, métaphysique, logique – l’ontolo gie reste dépendante d’une pratique et non d’une langue qui découperait la réalité à la Sapir-Whorf. Elle n ’est objective que dans la mesure où elle est partagée et acceptée pa r les membres d’une même communauté. c. Dénomination Bien que la majorité des termes des domaines sci entifiques et techniques soient motivés au sens où l eur form e reflèt e dans une certaine mesure la structure du s ystème notionnel ( « relais de tension » 15 p ar exemple), il n’est pas t oujours aisé de distinguer ceux qui relèvent du discours de ceux plus directement liés à la conceptualisation (« relais de t ension » désigne-t-il un concept d e même nom ou est-il uniquement u n terme d’us age ?). En distinguant les termes d’usage des termes normés, on redonne au proc essus de dénomi nation 16 tout son i ntérêt. L e nom d’un concept n’est pas arbitraire : sa forme traduit (devrait traduire) la place du concept dans le s ystème noti onnel (« relais à seuil de tension » désigne l e conce pt subsumé par le concept ). L e choix de la théorie du concept pour la construction du s ystème notionnel impacte donc é galement la dénomination des concepts. Une théorie pren ant en compte des caractères disti nctifs ou essentiels apporte une aide indéniable – la définition des concepts par différenciation spécifique est l ’exemple type : le nom de l’espèce se construit à partir de celui du genre (ré gissant) et de la différence (modificateur) –. A contrario comment nomm er les concepts dans une approche purement logique où il n’exi ste que des fonctions à valeur de vérité ? Ces termes normés, s’il s n’ont pas à être imposés, sont indispensables à la d ésignation du s ystème noti onnel. I ls p articipent également à l’identificati on et à la définiti on des termes d’usage (le s yntagme « relais de 13 Un caractère est dit essentiel pour un obj et si lorsq u’il est retranché de l’ob jet celui -ci n’est plus ce qu ’il est . 14 Cette conceptualisation tacite transparaît à travers certains ter mes d’ usage da ns l’e mploi p ar exe mple d’adjectifs substanti vants – preuve supplé mentaire s’il en était b esoin de l’intér êt de l’analyse lin guistique de corpus. 15 Les unités lexicales sont noté es entre g uillemets et les co ncepts entre les s ymboles in férieur et supérie ur. 16 On préfèrera l’appe llation dénominatio n pour insister sur une démarche o nomasiolo gique à celle de désignatio n davantage liée à u ne utilisatio n du terme en la ngue. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 11 tension » est une expression d’usage de l’expression normée « relais à seuil de tension » av ec ellipse du premier modificateur. Il ne désigne pas un concept différent). d. Exemple La figure ci-dessous illu stre une application de l’ontoterminologie à la gestion documentaire multilingue dans l e do maine des échangeurs t hermiques. Les docum ents sont index és sur l’ontologie commune aux différentes communautés de pratique ; ce qui permet une recherch e par conc epts et non plus p ar m ots clés. Ainsi, une recherche dans une langue donnée permet de retourner tous les documents, quelle que soi t leur langue, associés aux concepts correspondant à la r equête. Les t ermes d’usage et leurs relations lin guistiques sont ut ilisés pour l’indexation automatique des documents et l’expansion (enrichissem ent) de requ êtes. L’exploitation de l’ontologie, également ut ilisée pour l’expansion de r equêtes (extension aux concepts subsumés), permet d’obtenir des résulta ts pertinents s ans perte d’information. Enfin, l’ontologie permet un accès interactif à l a base documentaire multi lingue par les concepts du domaine. On parle également de cartogra phie sémantique ou de naviga tion sémantique interactive. 5. Conclusion La terminologie ne p eut se réduire à la s eule étude des termes en langue. Ain si, la détermination de leu r sens requiert l a connaissanc e préalable du s ystème notionnel. De même, l’opérationnalisation des terminologies et la recherche d e propriétés t elle que la cohérence requièrent la mise en œuvre de systèmes formels détachés de tout di scours. L e système notionnel, même s’il n’est pas t oujours ex plicité, est au cœur de la démarche terminologique. Sa définition soulève de nombreux problèmes qui ne relèvent ni de la langue d’usa ge ni des formalismes de représentation. TOTh 2007 : « Terminologie & Ontolo gie : Théories et Applications » - Annecy 1 er juin 2007 C. Roche « Le term e et le concept : fondem ents d’ une ontoterminologie » p. 12 La notion d’ ontoterminologie met l’accent sur la dimension épist émologique d e la terminologie dans son appréhension de la réalité. Elle p ermet de distinguer les pratiques – intellection, usage, repré sentation – et leurs fondements – terme d’usage ve rsus dénominati on, signifié versus concept –. Par la prise en compte de principes épistémolo giques centrés s ur la notion d’ontologie et de modèles computationnels respectant ces prin cipes, l’ontoterminologie offre de nouvelles p erspectives pour la cons truction de s ystèmes notionnels et leur représentation. Elle perm et une construction du sens autour d’une sémantique référentielle et justifie l’intérêt de termes normés en regard des termes d’usage. En replaçant le concept et sa dénomination au centre de la terminologie, l’ontoterminologie redonne u ne place central e à l’ingénieur dans son ac tivité de conceptualisation. Enfin, elle propose des éléments d e réponses aux enjeux de la société numérique et ouvre de nouve aux champs de recherche et d’applications. Bibliographie Manuel de terminologie . Helmut Felber, Paris, Unesco, 1984 Travail terminologique, NF ISO 704 . AFNOR, I SS N 0335-3931, avril 2001. Vocabulaire, NF ISO 1087-1 . AFNOR, ISSN 0335-3931, février 2001. La terminologie : nature et enjeux . Revue Langages n°157 mars 2005. Editi ons Larousse. Le sens en terminologie . Henri Béjoint et Phil ippe Thoiron (dir.), ouvrage collectif. Presses universitaires de Lyon, 2000. Les langues spécialisées , Pierre Lerat, Presses Universitaires de France, 1995. Des fondem ents théoriques de la terminologi e . Cahier du Centre Interlangue d’Etud es en Lexicologie 2004. La terminologie noms et notions . Alain Rey, PUF, Que sais-je ? n°178, 2e édition corrigée, 1992. Entre signe et concept : éléments de terminologie générale . Loïc Depecker, Presses Sorbonne Nouvelle, 2002. Recent T rends in Computati onal Terminology . Special is sue of T erminolog y 10:1. Edited b y Béatrice Daille, K yo K ageura, Hiroshi Nak agawa and Lee-Feng Chien, Benjamins publishing company, 2004. Socioterminologie . Gaudin François (2003). De Boeck & Larcier s.a. 2003. Sémantique et corpus . Sous la direction de Anne Condamines. Lavoisier 2005. Handbook on Ontologies . Steffen Staab and Rudi S tuder Editors, Springer, 2004. A Translati on Approach to Por table Ontology Specifications . Gruber T. Appeared in Knowledge Acquisition, 5(2):199-220, 1993. Knowledge Representation . John F. Sowa, Brooks/Cole, 2000. The Description Logic Handbook . Franz Baader, Diego Calvanese, Deborah McGuinness, Daniele Nardi, Peter Patel-Schneider. Cambridge University Press, 2003. 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Dour gnon-Hanoune A., Salaün P., Roche C. XIX IEA/AIE, Annecy 27-30 June 2006. Dire n’est pas Concevoir . Christophe Roche. 18èmes journées francophones d’ « Ingénierie des Connaissances », Grenoble 4-6 juillet 2007.

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